L’Express du Pacifique Magazine – October 30, 2006 – Coups de feu sur Broadway

Coups de feu sur Broadway

Lundi 30 octobre 2006

Propos recueillis et traduits par Cécile Lepage – L’Express du Pacifique

Pour son premier roman, Ranj Dhaliwal frappe fort. Avec Daaku – hors-la-loi en punjabi -, il livre une fiction qui se déroule dans le monde interlope des gangs indo-canadiens du Vancouver métropolitain. Une première ! Ces bandes sont d’ordinaire mieux connues pour défrayer la chronique par leurs homicides en série que pour être une source d’inspiration littéraire. Depuis les années 90, les règlements de compte fratricides de la pègre connaissent en effet une surenchère. De cette réalité ultra-violente, qui l’a touché de près, Ranj Dhaliwal a tiré un roman d’action haletant, au jargon coloré, malgré une première partie – sur l’enfance et les débuts du petit criminel – qui pêche par sa lenteur. Les dialogues, qui y prédominent, donnent un rythme alerte à la narration.

Dans Daaku, le lecteur suit les traces de Ruby Pandher, un jeune homme d’origine indienne qui a grandi à Surrey. Du vol de voitures au trafic de drogue, en passant par la possession d’armes à feu, Ruby se taille petit à petit une réputation auprès des caïds. Son ascension fulgurante dans la hiérarchie des bandits, jusqu’au meurtre de sang froid pour assurer sa suprématie, n’aura d’équivalent que sa chute…

L’Express du Pacifique : Daaku pénètre l’univers du crime organisé et décrit avec précision son mode de fonctionnement. D’où avez-vous tiré toutes ces informations qui sonnent si vrai ?

Ranj Dhaliwal : Tous les personnages et les événements du livre sont bien entendu fictifs. Mais il est vrai qu’en grandissant moi-même à Surrey, j’ai fréquenté des figures de la mafia de ma communauté. Certains de mes proches amis étaient des gangsters. Quelques-uns ont été incarcérés, d’autres ont été assassinés. Même si personnellement je n’ai pas rejoint de gang, c’était difficile d’ignorer ce qui se tramait ! On entendait des choses de ci, de là… Quand l’un d’eux sortait de prison, on le questionnait.Des rumeurs couraient aussi sur la complicité des responsables des temples sikhs. Même si l’on ne peut vérifier ces racontars, je trouvais ces éléments authentiques et j’ai donc voulu les intégrer à l’intrigue. Les péripéties racontées dans le roman sont donc une compilation des histoires de mes amis et de mes propres fantasmes. Lors du travail d’écriture, je me mettais dans la peau et dans la tête de Ruby pour savoir quels seraient ses gestes et ses pensées.

LEP : Comment vous êtes-vous tenu à l’écart de cette mauvaise pente ?

R. D. : Il est clair que le mode de vie du daaku était attirant. Un beau matin, on les voyait au volant d’une BMW alors que la veille ils n’avaient pas un sous en poche… Et avec l’argent, venaient le pouvoir et les filles ! Mais je voyais aussi toutes les trahisons et je préférais garder mes amis. Même si j’ai été mêlé à certaines « situations », je ne me voyais pas mener cette vie.C’était tout simplement trop pour moi.

LEP : Pensez-vous que votre roman puisse jouer un rôle social ?

R. D. : Je l’espère. Depuis les années 90, il y a eu plus de 90 meurtres liés aux activités des gangs. Malgré tout, jusqu’ici, le sujet demeure tabou dans notre communauté? Personne n’ose aller plus loin que le simple constat du phénomène. Tout comme la mère de Ruby dans le livre, les parents d’enfants qui sont impliqués sont démissionnaires, et se réjouissent simplement du fait que leur fils soit encore en vie ou hors de prison. Peut?être que ce livre peut faire naître des échanges, des conversations entre générations. Mon propos était aussi de procurer au lecteur toutes les émotions qu’éprouvent les gangsters – sans qu’il connaisse leur fin funeste. Le temps d’une lecture, vous pouvez vivre la vie d’un bandit, puis refermer le livre et retourner à votre quotidien paisible ! En décrivant graphiquement toute la violence de ce milieu, j’espère détourner les jeunes de l’attrait de l’argent facile.