L’Express du Pacifique Magazine – April 12, 2010 – Dans la peau d’un gangster

Dans la peau d’un gangster

April 12, 2010

By Charlotte Houang – L’Express du Pacifique

L’écrivain Ranj Dhaliwal sortira au printemps prochain son deuxième roman et travaille déjà sur un troisième ouvrage. Il espère recevoir autant de succès qu’avec le premier, Daaku, qui relatait les pérégrinations d’un gangster indo-canadien, Ruby Pandher, dans la banlieue de Surrey.

Longue barbe noire, larges épaules et sourire, Ranj Dhaliwal tape les premières pages du troisième tome de son épopée sur les gangs de Surrey dans un café bien connu du quartier. Sa première fiction, Daaku, véritable plongée dans l’univers de la pègre locale, avait attiré l’attention lors de sa sortie en 2006 et reçu un large succès, tant au niveau de la critique que du public. « J’ai aussi eu de bons retours de la part de gangsters repentis », précise-t-il.

Ranj Dhaliwal est né à Vancouver mais a grandi à Surrey, ville britanno colombienne qui abrite la plus importante diaspora indienne de la région. Pas besoin d’aller chercher bien loin le sujet de son premier roman. La ville est connue pour être le théâtre d’affrontements sanglants entre gangs rivaux.

« Ma communauté, comme les caucasiens, me demandait sans arrêt pourquoi l’on s’entretuait », se remémore Ranj Dhaliwal. « Je leur ai répondu que je ne tuais personne.» Difficile dans ce monde opaque de connaître les liens de l’écrivain avec les mafieux du quartier. Il en connaît les codes, c’est certain – suffisamment pour écrire Daaku, dans lequel il endosse le costume d’un gangster sans états d’âme. « Beaucoup de mes amis qui trempaient dans des affaires sombres sont morts dans les années 90, quand j’allais encore à l’école, explique-t-il. J’ai toujours entendu des histoires, des bruits de couloirs ».

L’écrivain s’approprie avec aisance les us et coutumes du milieu dans lequel il a grandi. « On ne peut pas rejoindre un gang comme ça, il ne s’agit pas simplement de le vouloir, il faut avoir la mentalité qui va avec. C’est quelque chose que l’on a en soi et j’ai voulu me mettre à la place de l’un d’entre eux », raconte-t-il avec passion. Peu avant d’aller se faire photographier à l’extérieur du café, l’écrivain serre longuement la main d’un homme dont tous les attributs rappellent ceux d’un Hells Angels. « J’ai beaucoup d’amis », lance-t-il en guise d’explication. La séance de photo terminée, il rejoint l’homme au milieu d’un groupe éclectique d’où s’élèvent déjà des éclats de rire.

Caméléon, Ranj Dhaliwal est assistant juridique le jour. S’il s’assoit pour écrire Daaku (hors-la-loi en punjabi) en 2001, ses premiers pas dans l’écriture se sont déroulés bien avant. À 12 ans, il doit rédiger sa première histoire courte pour le compte de l’école. « J’avais déjà six pages, 20 personnages et une intrigue liée au crime organisé. Mon professeur m’a demandé qui était le meurtrier et m’a demandé de réduire le tout à deux pages ».
En juin dernier, il remet à son éditeur le deuxième tome des aventures de Daaku, écrit en une année après une longue pause. « Écrire, c’est un peu comme jouer à un jeu vidéo. Je choisis la trajectoire de mon personnage : si je suis de bonne humeur, le personnage le sera aussi. Au contraire, si je suis de mauvaise humeur, il en fera les frais ».

Sa vision de Surrey

En 2009, les règlements de comptes entre gangs se multiplient dans la région de Surrey, les articles dans la presse aussi. Pas une semaine ne se déroule sans un nouveau meurtre. La police évoque pour la première fois « une guerre des gangs ». « L’attention médiatique, c’est la pire chose pour des gangsters, analyse Ranj Dhaliwal. Lorsque les médias s’intéressent à eux, l’opinion publique est alertée, la police reçoit l’ordre d’agir et utilise donc les moyens qui vont avec ».

La même année, un coup de filet menant à l’arrestation de plusieurs gangsters de haute volée, calme les esprits. « Ce n’est pas pour autant terminé, c’est certain, affirme Ranj Dhaliwal. Ça va et ça vient, c’est comme prévoir le temps, il y a toujours de nouveaux gangsters pour remplacer ceux qui ont été arrêtés ».

Depuis, l’Indo-Canadien a lancé une fondation : « Je me suis aperçu que mon nom faisait vendre ». Il s’exprime dans les écoles contre les gangs et organise notamment des concours d’écriture et des bourses de mérite. Bon commercial, il propose aussi sur son site des vêtements à son nom « dont 10 % des bénéfices sont reversés à sa fondation ». Très actif dans la communauté sikh, il s’initie au sikhisme en décembre 2007 après un « réveil spirituel » et se laisse pousser la barbe. « Je suis exactement la même personne, j’ai juste commencé à aimer la vie ».

Quand à la suite de Daaku, l’écrivain accepte d’en révéler quelques clés : « Le personnage principal, blessé par balles, se réveille à l’hôpital et fait face à ses démons ». Un roman attendu par au moins 500 jeunes du quartier qui ont signé une pétition pour réclamer de nouvelles aventures de Daaku. La sortie du second volet est prévue au printemps 2011.